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DossierRH: profils et salaires sur le Web

Le dynamisme de l'e-commerce ne fléchit pas : créations de nouveaux métiers, augmentation des salaires... Embaucher un candidat demeure pourtant un parcours du combattant. Les employeurs peinent à trouver des candidats possédant les compétences nécessaires, pour des postes de plus en plus spécialisés.

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RH: profils et salaires sur le Web

1 Encore trop peu de candidats sur la Toile

L'économie numérique en France, et spécifiquement l'e-commerce, affiche une bonne santé insolente en ces temps difficiles. Et, par extension, un secteur en plein boom est un secteur qui recrute. Mais il peine à recruter, confronté à une pénurie de candidats. Les nombreuses offres d'emplois ne trouvent pas preneurs. Certains sites ont des besoins urgents et déclenchent des plans Orsec pour trouver les "perles rares".

Dresser un état des lieux du marché de l'emploi dans le digital est donc assez difficile, a fortiori au regard de l'actualité sociale de ces derniers mois. Au-delà de nos frontières, les enjeux liés à l'emploi dans le numérique prennent une dimension européenne. Ainsi, la Commission européenne lance une grande coalition en faveur de l'emploi dans le secteur du numérique, en vue de pourvoir jusqu'à 900 000, emplois vacants qui devraient apparaître en Europe d'ici à 2015, dans le domaine des technologies de l'information et des communications (TIC). En effet, le nombre d'emplois dans ce secteur progresse de plus de 100 000 par an. Or, le nombre de diplômés qualifiés est insuffisant pour suivre le rythme de la demande.

Dans ce contexte, les e-marchands sont optimistes. Selon une étude menée par Oxatis en début d'année, 12% des e-commerçants français (vs 20% au Royaume-Uni) ont embauché, alors que 63% ont ressenti les effets de la crise. Et 24% d'entre eux envisagent d'embaucher cette année, malgré la conjoncture économique morose. Pour autant, les auteurs de l'étude rappellent que 97% des e-commerçants ont moins de 20 salariés et, pour 67% d'entre eux, la gestion du site se concentre sur une seule personne. Du coup, dès que l'entreprise veut se développer, l'embauche s'impose. Mais les recrutements se font avec parcimonie.

Selon Jacques Froissant, fondateur du cabinet Altaïde, spécialiste du recrutement 2.0, " il manque aujourd'hui 50 000 développeurs en France ". Tous les recruteurs s'accordent à dire que le marché manque cruellement de techniciens, de data analysts et de spécialistes techniques. " Les écoles du Web se sont multipliées, mais elles forment des généralistes. Or, aujourd'hui, le digital a besoin de bons techniciens ", précise Jacques Froissant. Le marché se structure vers une spécialisation des profils recherchés.

Pour Pierre Cannet, p-dg du cabinet Blue Search Conseil, de nouveaux profils apparaissent. " L'emploi dans le digital est plutôt favorable. La moyenne d'âge est d'environ 30 ans pour les cadres. C'est un secteur qui mûrit en termes de recrutement. " Mais à la difficulté de trouver de bons profils expérimentés s'ajoute celle qui consiste à définir les qualités requises pour des candidats dont les fonctions viennent de naître. Les trois tendances qui se dessinent pour 2013 : le commerce connecté, le CRM/eCRM et les réseaux sociaux. " Et parmi les nouveaux métiers qui ont émergé en 2012, on peut citer le mobile manager, le spécialiste de l'expérience utilisateur et le social media manager ", précise Pierre Cannet. Comme le besoin crée la fonction, les embauches ne peuvent attendre dans ­l'entreprise.

" Ce n'est pas parce que les candidats sont eux-mêmes digital natives qu'ils ont une bonne connaissance des métiers qui s'offrent à eux ", commente Marc Schillaci. Un constat partagé par Mathieu Llorens, CEO d'AT Internet : " Ils savent utiliser les outils du Web naturellement mais peinent à le reconnaître comme une forme de compétences. Ils ont souvent du mal à se vendre. " Pour de nombreux acteurs, il est difficile de trouver les bons profils car les postes sont souvent techniques et évoluent très vite.

Le digital recrute... mais les candidats sur le marché ne suffisent pas à absorber la demande. Les recruteurs recherchent des spécialistes, pour des fonctions qui évoluent sans cesse.

2 Salaires des métiers du Web : 15 profils à la loupe

Grâce à une croissance remarquable et continue (encore + 22 % au premier semestre 2012 selon la Fevad), l'e-commerce génère des emplois à la pelle. Une aubaine qui se transforme souvent en désillusion au moment d'attribuer les postes. Manque d'expérience, de bagage technique, de polyvalence ou de sens du travail en équipe... Même mus par une bonne volonté, les candidats ne répondent pas toujours aux besoins d'un secteur jeune et en perpétuelle évolution.

" Il est difficile de faire coïncider les demandes des employeurs avec les profils. C'est vrai pour tous les postes. Toutes les entreprises veulent des gens dotés d'une expérience de cinq à dix ans avec des compétences pointues. Cela n'existe pratiquement pas ", assure Christine Pruvost, directrice de l'entité IT chez Hudson.

Avec le temps, le problème de l'inadéquation entre l'offre et la demande est devenu majeur.

Quant aux salaires proposés, ils ne sont ni plus ni moins que le reflet de la rareté des ressources et profils recherchés. Pour "E-commerce Magazine"1, deux cabinets de recrutement, Blue Search et Aravati, se sont prêtés à l'exercice des estimations de salaire pour 15 profils de poste. Des résultats qui donnent un ordre de grandeur mais restent, bien sûr, indicatifs et à relativiser (cliquez pour agrandir le tableau).

1/ L'intégralité de l'enquête sur les salaires, profils et formations du Web est à retrouver dans le numéro d'octobre/novembre 2012 du magazine "E-commerce".

Pour "E-commerce Magazine", deux cabinets de recrutement (Blue Search et Aravati) se sont prêtés à l'exercice des estimations de salaire pour 15 profils recherchés dans l'univers du Web. Des résultats qui donnent un ordre de grandeur, mais restent à relativiser.

3 Étude Maesina International sur les rémunérations : 6% d'augmentation en 2013 pour les métiers du digital

L'étude 2014 reprend les rémunérations détaillées, fixe, variable, avantage, intéressement sur le long terme et rémunération annuelle globale de 20 fonctions les plus représentatives. Cette étude est réalisée à partir de 2791 sociétés étudiées, réparties sur cinq secteurs d'activités.

4 La fonction digitale

Elle a encore connu en 2013 une augmentation sensible de près de 6 % en global. Les dirigeants et les managers s'en sortent le mieux avec 7 %. Les fonctions classiques du digital telles que le responsable référencement, le community manager ou le chef de projet digital voient leurs salaires progresser moins fortement autour de 5 %.

Les fonctions du digital s'intègrent de plus en plus dans les organisations avec une gestion plus classique de leur rémunération et donc de leur évolution. Même si cette fonction connaît toujours une très forte demande et un décalage avec les compétences existantes sur le marché, les hausses de salaires proposées restent mesurées et correspondent plus à la norme des fonctions connexes telles que le marketing.

De manière plus générale, la relation client est toujours au coeur des préoccupations des entreprises et le contexte économique tendu ne fait que renforcer cet état de fait. Toutefois, le CRM a connu en 2013 un morcellement très important, donnant naissance à de nouvelles spécialités (géolocalisation, brand content, social acquisition, RTB..) et l'apparition de nouveaux métiers centrés sur la " Data" (Chief Data Officer, Data Scientist, Data Analyst). Ces derniers vont bien, confirme l'étude, au-delà de l'exploitation statistique des données traditionnelles et doivent être en mesure d'exploiter les nouvelles technologies, pour permettre une meilleure interaction entre les canaux (omnicanal), de définir des modèles prédictifs en lien avec les départements études et d'améliorer l'expérience client.

L'étude comparative entre les salaires des hommes et des femmes montre par ailleur un décalage en faveur des hommes, + 5.5 % en moyenne. Ce décalage ne se vérifie pas pour toutes les fonctions. Il dépend majoritairement de la nature du poste, du type d'entreprise, et de l'âge des personnes concernées. Il est important de considérer que les sociétés supérieures à 500 M€ de chiffre d'affaires se situent traditionnellement plus dans le 3ème quartile ou 9ème décile et que la moyenne des salaires exprimés correspondent davantage aux salaires pratiqués au sein d'une structure inférieure à 100 M€.

Maesina International Search vient de publier sa 34 ème étude Salaires sur la rémunération des professionnels digital, marketing, vente, communication, réalisée en partenariat avec AON Hewitt.

5 Les astuces des web marchands pour attirer les candidats à l'embauche

Les jeunes entreprises spécialisées dans le commerce en ligne peinent à recruter des profils adaptés. " Nous recrutons tous azimuts. Nous avons des besoins urgents, tous profils confondus et vite opérationnels. Mais il y a une pénurie d'offres sur le marché, notamment de bons développeurs et des ingénieurs. Du coup, notre stratégie est de sélectionner des jeunes que nous formons nous-mêmes et que nous fidélisons en leur proposant de la souplesse dans le management, de bonnes conditions de travail et des locaux agréables. Nous préférons investir dans des heures de formation plutôt que dans une seniorité pas toujours payante. Souvent, nous proposons des stages de longue durée que nous transformons en contrats. Nous évitons les chasseurs de tête, car au final, les candidats viennent pour de mauvaises raisons ", explique Mathieu Llorens, CEO d'AT Internet.

Les réseaux sociaux, comme canaux de recrutement, sont évidemment privilégiés par les start-up du Web, dont le moteur est la viralité. C'est notamment le cas de Tribway, jeune réseau social de shopping, lancé par cinq compères en juin 2012. " Les embauches en CDI ne sont pas prévues avant 2014. Mais, en attendant, nous formons des stagiaires très impliqués que nous n'allons pas forcément chercher à la sortie des écoles mais sur Facebook. La passion est la plus importante pour nous, au-delà de la formation ", explique Sarah Allart, un des cofondateurs.

Les start-up attirent certains profils de candidats qui veulent se frotter aux réalités de l'entreprise. Ils sont avides d'échanges directs avec leur hiérarchie (la moins pesante possible, d'ailleurs) pour apprendre vite. " Nous ne pouvons pas nous aligner sur les salaires des grandes entreprises. À la place, nous proposons des stock-options, une philosophie d'entreprise autour du partage, dans un environnement intéressant?", indique David Bessis, cofondateur de TinyClues, une start-up qui " cherche de petits indices dans de grandes masses de données ", pour de grands noms du commerce en ligne. Mais cela ne l'empêche pas de souffrir de la pénurie de compétences dans le digital. " Impossible de trouver des data scientists, des développeurs sur le marché. Du coup, nous essayons d'attirer des profils différents, parfois inattendu. "

Sur notre site, à la rubrique "jobs", nous proposons un poste de scientifique sous l'appellation "Mystery position", pour ouvrir le recrutement et susciter la curiosité de candidats d'univers différents. Et en l'absence de candidatures intéressantes, nous finissons par privilégier la formation en interne ", justifie David Bessis, lui-même issu du monde académique. Idem pour Didier Blaise, fondateur et p-dg d'allopneus.com, pure player français, leader de la vente et du montage de pneus sur Internet. " Nous recrutons des jeunes, âgés de 25 ans en moyenne, à qui nous offrons les conditions de travail d'une start-up, en open space, dans des locaux agréables, à Aix-en-Provence. Nous recherchons des techniciens, des community manager mais aussi des responsables achats et sourcing et nous privilégions la formation en interne ", explique Didier Blaise.

Pour pallier sa difficulté à trouver de bons profils à l'international, Spartoo, présent dans plus de 16 pays européens, vient de lancer ses pages Facebook et LinkedIn entièrement dédiées au recrutement de nouveaux talents. " Nous allons embaucher une quarantaine de candidats en 2013. Nos besoins sont urgents en développeurs, ingénieurs mais aussi en chargés de clientèle, à qui nous demandons de venir s'implanter au siège, à Grenoble ", explique Christine Milan-Spreuzkouski, directrice des ressources humaines de Spartoo.

La politique RH des acteurs du Web va rester au coeur de leur préoccupation de développement. Il s'agit d'un enjeu stratégique pour l'ensemble du marché, au regard des entreprises qui ne cessent de se créer et des métiers qui n'arrêtent pas d'évoluer. Selon la Fevad, en 2012, le nombre de sites marchands recensés en France a augmenté de 17 % par rapport à 2011, passant à près de 120 000. Il continue de se créer un nouveau site toutes les demi-heures. Inutile de préciser que la crise du recrutement dans le Web n'en est qu'à ses débuts.

Face à la pénurie de candidats qualifiés, nombre de web marchands privilégient la formation en interne et tentent de séduire les jeunes diplômés.

6 Lancement d'un nouveau site d'emploi 100% dédié à l'e-commerce

Afin de faire face à la croissance de leur secteur, et donc bien souvent de leur portail web, les e-commerçants ont besoin de toujours plus de talents. L'écosystème des formations liées aux métiers du web met du temps à se structurer, et le recrutement, pour certains acteurs de l'e-commerce, peut parfois s'avérer compliqué. Afin de soutenir la cadence élevée des recrutements dans l'e-commerce, un nouveau site entièrement consacré aux offres et aux profils du secteur vient d'être lancé : Emploi-e-commerce.com.

Les candidats peuvent y trouver des offres ciblées, classées par métiers : développement commercial, design, infrastructure et réseaux, marketing et communication, etc., dans une interface dynamique et claire, ainsi que des conseils pour préparer leurs entretiens et travailler leur e-réputation sur les réseaux sociaux.

Pour compléter son offre de service, le portail conseille ses partenaires, petites ou grandes enseignes de l'e-commerce, pour construire ou consolider leur marque employeur. Les e-commerçants peuvent en effet souffrir d'être mal connus, car multicanal (magasins et e-commerce), voire méconnus des candidats, du fait de leur récente émergence. Emploi-e-commerce.com leur propose de se faire connaître au travers de portraits, interview, focus sur des métiers, reportages.

Un nouveau site consacré à l'emploi dans l'e-commerce vient de voir le jour. Emploi-e-commerce.com a pour ambition de soutenir la cadence élevée de recrutement au sein d'un secteur en pleine expansion.

7 Des écoles et formations du Web nouvellement créées

8 42, préparer l'élite de la programmation française

Deux chiffres et un grand projet, lancé par Xavier Niel, le fondateur de Free. Entièrement financée sur ses fonds propres, l'école 42 - en référence à l'ouvrage de l'auteur de science-fiction Douglas Adams, Guide du voyageur galactique - devrait voir le jour en novembre 2013. Entièrement gratuite, elle proposera un cursus de trois à cinq ans. Son objectif est clair : préparer la future élite de la programmation française, avec pas moins de 1 000 spécialistes formés chaque année.

9 ECITV, former des spécialistes de l'Internet

Dans les locaux de l'Ican, l'école de communication d'Internet et de télévision a ouvert ses portes à la rentrée 2013. Elle propose un cycle "bachelor" en trois ans, consacré aux métiers du Web, ainsi que deux cycles "masters". Le premier porte sur le digital marketing et l'e-business, et l'autre sur la TV et le Webmédia. L'ECITV vise à former des spécialistes de l'Internet, depuis la création de sites, jusqu'à la production de vidéos pour le Web ou encore des chaînes de télévision. Les frais de scolarité devraient s'élever à 5 650 euros par an, les trois premières années. Une revalorisation est prévue pour la quatrième année.

10 SupdeWeb favorise l'immersion professionnelle

Mise en place par Media School Group, un groupe d'enseignement supérieur privé, cette formation est dispensée en trois ans. Les premiers étudiants feront leur rentrée le 15 octobre 2013. En première année, ils suivront 400 heures de cours en tronc commun. En deuxième année démarre la spécialisation (deux tiers des cours), qui concerne l'intégralité des cours la troisième année. Supdeweb souhaite favoriser "une immersion professionnelle maximale, particulièrement décisive dans un secteur aux spécialités multiples en constante et rapide évolution". Un stage de quatre mois est prévu en première et deuxième années. La troisième année, les étudiants passent les quatre cinquièmes de leur temps en entreprise, en stage ou en contrat de professionnalisation. Le comité de pilotage de Supdeweb comprend de grands noms de l'univers du digital, parmi lesquels Jean-Marc Tasseto (Google), Jacques Froissant (Altaïde), Bruno Breton (Bolloré) ou encore Laurence Bricteux (NRJ).

11 Web School Factory, design, e-business et technologies numériques

Cette école, qui ouvrira ses portes le 1er octobre 2013, est lancée conjointement par Strate College, le Pôle ESG et Hétic. Elle dispense une formation en cinq ans. Trois cycles d'enseignements ont été définis : design, e-business et technologies numériques. La première année correspond à une prépa. Les étudiants s'imprègnent de ces trois univers et choisissent une "majeure". Ils se spécialisent dès la deuxième année. La Web School Factory propose aux étudiants une expérience à l'étranger via un échange universitaire de six mois et/ou un stage, également de six mois, dans le pays. L'établissement est dirigé par Laurent Tran Van Lieu, président du groupe Studialis, un réseau qui regroupe 22 écoles d'enseignement supérieur. Son ambition : créer le "premier campus-cluster français, espace d'enseignement et de création ouvert sur la société et sur le monde de l'entreprise".

Après une année 2012 riche en naissances de nouvelles écoles françaises consacrées aux métiers du Web et de l'e-commerce, 2013 n'est pas en reste...

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