A. Pasquier, A. Lavoisy (Manutan) : "Un distributeur et fournisseur de services innovants"
Manutan, entreprise française spécialisée dans la distribution d'équipements et de fournitures, compte actuellement 2 500 collaborateurs et réalise un chiffre d'affaires d'un peu plus d'un milliard d'euros. Avec 48 % de femmes sur l'ensemble de ses collaborateurs, le board de Manutan défie les stéréotypes. Rencontre avec Anne Pasquier, Directrice Supply Chain, et Armelle Lavoisy, Directrice des Systèmes d'Information et de la Transformation, membre du Comex.

Comment se porte Manutan en ce début d'année ? Quels sont les défis auxquels vous êtes exposés ?
Armelle Lavoisy. Cette année, nous avons franchi le cap du milliard d'euros de chiffre d'affaires. Cela implique un changement d'échelle. Nous travaillons actuellement avec 4 000 fournisseurs et avons 25 filiales dans 17 pays en Europe. Dans un contexte économique et géopolitique complexe, nous devons poursuivre notre croissance sans perdre de vue notre stratégie centrée sur le client.
Anne Pasquier. En effet, nous gérons aujourd'hui 850 000 références et 13 plateformes logistiques à l'échelle européenne. Cela nous permet de servir un million de clients, allant des écoles de quartier aux grandes entreprises. L'un de nos enjeux majeurs est l'automatisation de la supply chain afin de mieux répondre aux besoins de nos clients. Nous devons être très agiles tout en respectant notre démarche écoresponsable. C'est la signature de Manutan : des solutions performantes et durables sur mesure.
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Manutan connaît un fort succès. Comment gérez-vous l'augmentation des flux ?
A.L. L'un de nos enjeux est de poursuivre et d'accélérer la transformation digitale du système d'information. Nous cherchons avant tout à rendre notre SI plus moderne et plus scalable grâce au cloud. Nous devons adapter nos capacités en fonction des besoins de volumétrie, car nous connaissons des pics d'activité saisonniers ainsi que des périodes plus creuses. Quand on parle de flux, on parle aussi de données, et nous faisons face à un véritable défi lié à l'obésité des données. Nous travaillons à transformer notre SI en adoptant une architecture data-centric et en intégrant des solutions adaptées au cloud, afin d'augmenter nos capacités de manière sécurisée.
A.P. Nous devons à la fois répondre à un enjeu d'efficience opérationnelle et tenir notre promesse envers les clients. L'objectif premier est de réduire le nombre de réclamations. Il est essentiel d'améliorer en permanence l'efficience opérationnelle, à tous les niveaux, de la direction à la supply chain. Nous avons mis en place une réorganisation de nos stocks avec de nouveaux indicateurs. Sur le plan logistique, nous optimisons nos entrepôts automatisés, notamment sur notre site de Gonesse. Côté transport, nous avons signé de nouveaux contrats pour diversifier nos flux, et sur ce point, Armelle nous apporte un soutien précieux.
A.M. Nous devons soutenir la croissance tout en maîtrisant les coûts. Nous sommes attachés à un modèle de croissance durable. En tant qu'entreprise à actionnariat familial, notre objectif est d'être toujours présents dans dix ans et au-delà.
Comment travaillez-vous ensemble ?
A.P. Nous partageons nos roadmaps. Il y a une véritable cohérence au sein du comité de direction. Les projets IA, Achats et Supply sont travaillés en groupe pour que tout soit aligné. Si nous avons un projet d'amélioration, quel qu'il soit, il faut s'assurer que les autres équipes disposent de suffisamment de bande passante.
A.L. Une vision stratégique est décrite de façon précise par le comité de direction, et nous la déclinons ensuite de manière opérationnelle. En ce qui me concerne, je suis convaincue que, contrairement à il y a quelques années, nous ne pouvons plus faire de l'IT pour de l'IT. Nous répondons systématiquement à un besoin business : gestion des flux, sécurité, etc. Ma conviction est que si l'on fait de l'IT juste pour faire de la technologie, on se trompe de combat. Nous devons être le plus alignés possible avec les enjeux stratégiques de l'entreprise. Nos équipes ont, d'ailleurs, besoin de profils techniques mais aussi de profils moins techniques, qui se situent à la frontière entre le business, les RH et la Tech.
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Comment le groupe s'adapte-t-il aux différents enjeux RSE ?
A.P. On peut être écoresponsable et réaliser des gains de coûts. Au sein de tous les appels d'offres, les critères RSE sont présents. Nous avons pour objectif de réduire nos émissions. Sur 3 ans, nous les avons déjà réduites davantage que ce que nous pensions. Nous continuons dans ce sens et travaillons à ce que notre site de Gonesse ne fonctionne plus qu'avec des transports verts. Nous sommes très déterminés à poursuivre dans cette direction.
A.L. Au sein des appels d'offres, la RSE fait partie des critères de choix. Aujourd'hui, Manutan propose près de 100 000 produits écoresponsables et optimise ses flux pour obtenir des résultats toujours meilleurs en termes d'émissions. Nous avons de nombreux engagements avec des fournisseurs qui partagent cette vision. Cela fait partie intégrante de notre culture d'entreprise. Tous les mois, nous analysons les indicateurs RSE autant que les indicateurs financiers. C'est notre devise : All you need, with love... love for employees and our planet.
Quel sera le futur du e-commerce ?
A.P. Notre raison d'être évolue : nous ne sommes pas là uniquement pour livrer des produits, mais aussi et surtout des services. Nous avons une exigence de qualité : poursuivre l'expérience dans le respect de nos délais, en proposant une offre la plus complète possible. Nous travaillons beaucoup avec des appels d'offres basés sur l'expérience client. Même sur le web, ce que l'on achète avant tout, c'est une expérience client. Nous avons toute une équipe qui se charge, en ce sens, de la gestion de l'expérience client.
Votre définition du leadership au féminin ?
A.L. Je cite François Giroud : "La féminité n'est pas une faiblesse, mais ce n'est pas non plus une compétence."
A.P. Tout à fait d'accord. Chez Manutan, homme ou femme, ce n'est pas une question, même pour des métiers dits très masculins. La compétence n'est pas genrée. Et nous avons aussi des hommes très compétents...
A.L. La société évolue, le temps fait son oeuvre. Dans les années 90, il y avait effectivement des mentors : des femmes qui avaient un rôle modèle et qui m'ont beaucoup inspirée. Il faut continuer à jouer ce rôle de représentation, surtout à l'école. Il faut dire aux femmes : osez !
A.P. : Oui, d'autant plus que certaines entreprises sont bien plus ouvertes sur cette thématique que ce que les femmes pensent encore pendant leurs études. Osez !
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