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Les start-up font l'apprentissage du management

Après l'euphorie de 1999, suivie de la débandade de 2000, les entreprises internet sont aujourd'hui confrontées au problème de la gestion de leurs ressources humaines. Plus encore que les entreprises de l'économie traditionnelle, les start-up sont dépendantes de la qualité des hommes qui les composent. En effet, sans finances démesurées ni outil industriel, le personnel représente la ressource principale. D'où l'importance du recrutement et de la fidélisation des hommes.

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A la question "comment recruter des collaborateurs quand on est une dotcom ?" les réponses sont variées mais les préoccupations semblables. S'il n'était pas très difficile de recruter cadres et employés il y a encore un an (il suffisait de choisir parmi les centaines de CV reçus chaque semaine), ce n'est plus le cas aujourd'hui. On est ainsi passé en quelques mois du trop plein à la pénurie, surtout pour les profils techniques. Au début de l'année 2000, start-up et autres filiales internet de grands groupes recevaient de multiples candidatures, souvent de haut niveau. De nombreux cadres trentenaires et quadragénaires ont vu dans les "jeunes pousses" une opportunité de se hisser au statut prestigieux d'entrepreneur. Les montées en Bourse et les valorisations phénoménales ont tourné la tête de beaucoup, qui se sont précipités vers ce nouvel Eldorado. Avec des prétentions salariales démesurées. « Ces derniers temps, le marché était très volatil : on demandait 500 000 F de salaire annuel pour une expérience dans l'Internet de six mois ! La crise que la nouvelle économie traverse a au moins remis les pendules à l'heure », se félicite Romain Nouzareth, directeur d'Iconmedialab France. Moins d'un an plus tard, on ne parle plus que de start-down, les introductions boursières réussies se comptent sur les doigts d'une main, et l'on assiste aux Etats-Unis à un reflux des cadres vers les bonnes vieilles sociétés traditionnelles. En France, on n'en est pas encore là. Le développement des dotcoms est plus récent et la vague n'est pas encore retombée. Il n'empêche que recruter s'avère difficile pour plusieurs raisons. L'attribution de stock-options n'est plus synonyme de pactole quasi assuré. Les grands groupes ont tous créé leur filiale internet et recommencent à attirer les meilleurs éléments ; la difficulté de renouveler les tours de table empêchent les jeunes sociétés du Web de proposer des salaires élevés aux informaticiens...

La cooptation pour recruter de nouveaux salariés


Chez Mobipocket, qui édite des logiciels de lecture pour assistants personnels (PDA, smart phones, téléphones portables), David Allouch, un des quatre fondateurs, a commencé par faire jouer ses relations scolaires. « J'ai envoyé des mails à toute ma promo d'HEC », se rappelle-t-il. C'est une constante dans les jeunes pousses : le recrutement des premiers employés se fait généralement via un réseau de connaissances. Membres des familles des créateurs, amis, anciens condisciples : ce "recrutement viral" est un trait distinctif des dotcoms en matière de ressources humaines. Ainsi, Richard de Puymorin, P-dg d'123 Immo, est allé chercher une partie de ses cadres chez Danone, son ancien employeur. Virginie Martin, responsable commerciale, lui a été présentée par son ancienne responsable chez Danone, qu'il avait d'ailleurs approché pour la débaucher. Mathieu Chatain, actuel directeur grands comptes, était le chef de la soeur du fondateur du site immobilier. Le directeur technique, Alexandre Vaillant, était lui responsable des réseaux chez Hewlett Packard Europe. Il a été mis en relation avec le P-dg d'123 Immo par les deux premiers salariés de la société d'immobilier en ligne. « Maintenant, chaque directeur est responsable du recrutement de son équipe », ajoute Richard de Puymorin. La cooptation est également un bon moyen de recruter. Chez Fluxus (ex-FranceNet, hébergeur et fournisseur de services internet), c'est un des outils les plus employés. « Plus d'un quart de nos recrutements sont réalisés grâce à la cooptation et 97 % des cooptés sont transformés en CDI », affirme Sylvana Buongiorno, DRH de Fluxus. De son côté, la Web agency Iconmedialab a mis en place auprès de ses salariés une prime de cooptation d'un montant de 5 000 francs.

Le vivier des grandes écoles


Entreprises souvent fondées par des jeunes cadres, les dotcoms se tournent naturellement vers les viviers de cadres débutants que sont les écoles de commerce et d'ingénieurs, les salons et autres conventions. Ainsi, chez Vivendi Universal Publishing (VUP, ex Havas), Fabien Helleu, chargé de recrutement internet, apprécie ce canal d'embauche : « Les forums écoles sont bien sûr des occasions pour rencontrer de potentiels collaborateurs et nous développons des actions de campus management. Les filiales internet du groupe VUP et celles de Vivendi Universal seront par exemple certainement présentes sur le forum Start-up HER en avril prochain », détaille-t-il. Filiales internet de groupes et "pure players" se concurrencent dans ces réunions organisées par les grandes écoles. « Nous avons beaucoup fréquenté les conférences du type "Les nouveaux métiers du Web", dans des écoles comme l'Essec, HEC, l'Edhec. Ce qui nous a valu un grand nombre de candidatures », se souvient Claire Khan, responsable marketing et communication de 404 Found ! et ancienne consultante chez CSC Peat Marwick. Ces présentations, souvent effectuées par l'un des fondateurs de la société d'e-marketing, se sont répétées dans les écoles d'ingénieur et artistiques

Patrick Cappelli

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