I2bp : gros coup de bluff ou véritable percée technologique ?
4Si elles sont maintenues, les promesses d'i2bp - nouvelle technologie de transmission vidéo et de son à très bas débit - pourraient bouleverser les modèles internet en vigueur et provoquer l'envolée du marché de la Web vidéo à la demande. Mais beaucoup de parts d'ombre demeurent quant au sérieux de cette offre qui a déjà fait couler beaucoup d'encre.
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Présentée avec beaucoup de secret le mois dernier par l'Atelier de
l'Innovation - incubateur hébergeant des sociétés à forte valeur ajoutée dans
le domaine technologique - i2bp, la prouesse technologique de son poulain
web.fr, a profondément remué le milieu de la compression des données numériques
et suscité, à tort ou à raison, tantôt l'enthousiasme des plus optimistes,
tantôt l'ire des moins crédules. A tel point que de nombreuses critiques au
vitriol ont envahi les pages de plusieurs forums de discussions créés autour de
l'événement. De quoi s'agit-il exactement ? D'un nouveau format de
compression-diffusion d'image et son en bas débit pouvant, selon les dires de
ses concepteurs, afficher 25 images par seconde en plein écran pour un rendu
dépassant largement la qualité VHS, mais surtout ne nécessitant une bande
passante que de 2 kg-octets par seconde. I2bp serait, par là même, autrement
plus puissant que le DivX, format de compression de l'image aujourd'hui
considéré comme le plus performant sur le marché. L'autre atout d'i2bp, c'est
qu'elle ne nécessite aucun téléchargement puisque le player serait intégré au
flux vidéo.
Une vraie bombe dans l'industrie de la vidéo on line
Bref, cette nouvelle technologie est de la dynamite comparée
à la qualité de la vidéo on line actuellement en vigueur dont peu d'internautes
apprécient le format timbre poste, les crachotements saccadés du son et les
fréquentes ruptures en phase de téléchargement. Elle apporte une solution
qu'aucun n'espérait voir apparaître si tôt. Et c'est bien de là que la
polémique est née. Car jusqu'au 1er mars, date à laquelle la solution devait
être officiellement présentée, aucune véritable démonstration n'a été réalisée
en raison du risque de pertes des droits de propriété en cas de divulgation
préalable aux dépôts de brevets de cette nouvelle technologie. Cette
justification a d'ailleurs eu, pour certains esprits cartésiens, l'allure d'un
coup de bluff. Car, dans le monde des sciences exactes, c'est bien connu, on ne
croit que ce que l'on voit. A l'origine de cette "révolution" se trouvent
Marc-Eric Gervais, le fondateur de web.fr, et une équipe de six jeunes génies
en herbe qui l'ont aidé dans ses travaux. A l'initiative de Jean-Yves Charron,
le P-dg de l'Atelier de l'Innovation, ils se sont attaqué au problème de la
compression début 2000 en travaillant sur les format Mpeg 4 et Mpeg 2. C'est en
repoussant les limites du second que Marc-Eric Gervais est parvenu à codifier
un nouveau langage basé sur un algorithme de compression par ondelettes,
capable d'optimiser "de manière phénoménale" le potentiel offert par le Jpeg...
« Nous avons réussi là où tous les autre on rencontré un mur pour déboucher sur
un nouveau standard », déclare fièrement Jean Yves Charron.
Une aubaine pour le marché de la vidéo à la demande
Les répercussions
d'une telle technologie de l'environnement web sont, quoi qu'il en soit,
gigantesques. « C'est une vraie révolution qui va obliger tous les acteurs de
l'Internet à repenser leur politique de diffusion de contenus on line »,
insiste Jean-Yves Charron. Mieux encore, le marché prometteur de la vidéo "on
demand", qui devrait générer, selon Forrester Research, 3 milliards de dollars
d'ici 2005, pourrait connaître une vertigineuse croissance anticipée. De quoi
susciter l'engouement des acteurs positionnés sur le créneau du streaming.
Aujourd'hui confinés, bon gré mal gré, aux diffusions de programmes corporate,
ils verraient brusquement s'élargir leur marché au grand public. Pour les
publicitaires, la technologie i2bp serait aussi une véritable aubaine car le
format du spot publicitaire tel qu'on le connaît à la télévision aura en effet
vite fait de supplanter les bannières et les boutons promotionnels en vigueur
sur le Net aujourd'hui. Levier de croissance pour les sites e-commerce, la
vidéo on line permettrait, d'après une étude Real Networks, d'augmenter de 28 %
le trafic sur un site et d'allonger la durée de consultation d'environ 33 %.
L'Atelier Paribas indique pour sa part que 70 % des portails les plus visités
sont ceux qui proposent déjà des contenus audiovisuels, et que, côté marchands,
les sites ayant intégré du streaming vidéo/son enregistrent une progression de
leurs ventes en ligne de 34 % en moyenne.
Qui s'accaparera la solution ? Et à quel prix ?
I2bp devrait être mis à la vente au
plus offrant, et d'ores et déjà, selon Jean-Yves Charron, plusieurs gros
industriels des nouvelles technologie et de la communication se sont montré
intéressés. Prétendant pouvoir en tirer des milliards, Jean-Yves Charron s'est
pourtant bien gardé de fixer lui-même le prix de vente de sa poule aux oeufs
d'or. « Le prix d'une technologie est celui que le marché est prêt à payer pour
se l'approprier », explique-t-il. A l'heure qu'il est, tout le monde devrait
être fixé sur la véracité d'I2bp. Il ne reste plus qu'à attendre les premières
secousses de ce séisme annoncé.